19 mars 2007

Cesare BATTISTI : un vrai procès pour une Justice digne !

Cesare Battisti : dire la vérité, respecter les droits !

 

Cesare Battisti a été arrêté au Brésil.

Condamné à perpétuité sans avoir été entendu par la justice italienne, il finira ses jours en prison, s’il est extradé, sans avoir pu se défendre et faire valoir ses droits.

Par la voix du Président Mitterrand, la France avait donné sa parole que ceux qui avaient rompu avec la violence ne seraient pas extradés. Cesare Battisti a cessé toute action illégale depuis vingt-neuf ans et a toujours vécu paisiblement dans notre pays. Mais la France de Messieurs Sarkozy et Perben a renié sa parole, elle a voulu livrer ceux qu’elle avait accueillis.

Le ministre de l’Intérieur, qui vient de faire préfacer son dernier livre par le leader de l’extrême droite italienne, prétend aujourd’hui que le gouvernement français n’aurait fait qu’appliquer les règles d’Interpol en donnant au Brésil les informations nécessaires. La vérité, c’est que Cesare Battisti, qui n’a jamais menacé l’ordre public français, a été arrêté à des milliers de kilomètres de notre pays par des policiers français qui lui ont tendu un piège avec leurs collègues brésiliens dans une rue de Rio de Janeiro. C’est bien plus que ce qu’exigent les règles d’Interpol. Le ministre de l’Intérieur le sait. Pourquoi le candidat gouvernemental ne le dit-il pas ?

Quant à la justice, la LDH rappelle que Cesare Battisti n’a été condamné – sans aucune preuve matérielle ‑ que sur la base de deux témoignages de " repentis ", qui ont acheté par leurs accusations d’importantes remises de peine pour les crimes qu’ils avaient commis. Et cela suffit à un gouvernement français pour aider à envoyer cet homme finir sa vie derrière les barreaux " sans autre forme de procès " ? La Cour européenne des droits de l’Homme, elle, a déjà répondu que refuser un vrai procès à un condamné par contumace, c’est violer la Convention européenne des droits de l’Homme.

Messieurs Perben en 2004 et Sarkozy en 2007 ont fait cela en notre nom : trahir la parole donnée, refuser le droit au procès équitable en violation du droit européen des droits de l’Homme. La LDH milite pour une autre image du politique. Elle appelle les citoyens à exiger demain que les gouvernants s’attachent à dire la vérité et à respecter les droits.

Communiqué de la LDH

Paris, le 19 mars 2007.

05 septembre 2005

Que faire contre l'hégémonie américaine : Résister !

 
Menaces sur le président vénézuélien                                         

 

(9 mars 2005)

 

Le 31 janvier 2005, le président vénézuélien Hugo Chávez a reçu un accueil triomphal de la part des militants altermondialistes rassemblés lors du Forum social mondial de Porto Alegre. Celui qui est devenu pour la gauche latino-américaine le symbole de la résistance au néolibéralisme et à l’hégémonie étatsunienne a estimé à cette occasion qu’il était urgent de « mettre en place une économie sociale pour dépasser le capitalisme ». Déjà soumis par le passé à la vindicte de la Maison Blanche, qui a tout fait pour le déstabiliser, M. Chávez redevient la bête noire de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice et des nostalgiques de la guerre froide, comme le secrétaire d’Etat adjoint Roger Noriega, le sous-secrétaire d’Etat John Bolton, le « dur » Elliot Abrams, vice-conseiller de la Sécurité nationale ou M. John Negroponte, vétéran de la « guerre sale » en Amérique centrale et désormais à la tête de la toute puissante Agence nationale du renseignement. Tout à leur obsession affirmée de ne pas laisser s’installer un... « second Cuba » ! ceux-ci remettent en œuvre les méthodes appliquée contre tout gouvernement ou pays qui cherche à se démarquer de l’Empire.

Sorti victorieux de la tentative de coup d’Etat du 11 avril 2002, du lock-out de décembre 2002/janvier 2003 (64 jours d’interruption de l’activité économique), du référendum révocatoire du 15 août 2004 et des élections du 31 octobre, qui ont donné à son mouvement 20 gouverneurs sur 22 et 270 maires sur 337, le président bolivarien met en œuvre une audacieuse politique en direction des secteurs défavorisés. Reprise en main, la compagnie pétrolière nationale PDVSA a transféré, en 2004, 3,5 milliards de dollars en direction des programmes sociaux (1). Par ailleurs, M. Chávez joue un rôle décisif sur la scène latino-américaine où il n’est plus isolé, même s’il est diversement accompagné.

Les effets pervers du dogmatisme libéral concocté par Washington, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement ont eu pour conséquence un incontestable virage à gauche du sous-continent (Argentine, Brésil, Panamá, Uruguay), ces deux dernières années. Même le Mexique voit se profiler une possible victoire de l’actuel maire de la ville de Mexico, M. Manuel López Obrador, du Parti de la révolution démocratique (PRD). Face à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA, ALCA en espagnol), projet étatsunien de recolonisation économique du continent, la conjoncture permet au président vénézuélien de relancer son projet d’Alternative bolivarienne pour l’Amérique (ALBA), une intégration basée sur la coopération et non sur la concurrence, qui reposerait sur les bases d’un développement endogène et prendrait en compte les franges de population les plus défavorisées.

En ce sens, la naissance, le 8 décembre 2004, au Pérou, à travers la « Déclaration de Cuzco », d’une Communauté sud-américaine des nations composée de douze Etats (2) marque un premier pas, même si cette organisation demeure pour l’heure plus symbolique que fonctionnelle, les Etats-Unis y conservant quelques alliés inconditionnels (la Colombie, l’Equateur, le Pérou et, en dehors de cette zone géographique, les pays d’Amérique centrale).

Plus concrètement, à l’alliance stratégique passée avec La Havane (à travers un accord pétrole contre médecins et enseignants), le Venezuela vient d’ajouter celle scellée avec Brasilia, le 14 février, à Caracas, par la signature de 26 accords allant du secteur énergétique (coopération entre PDVSA et Petrobas en matière d’exploration, de raffinage, etc.) au militaire. S’y est ajoutée, le 1er mars 2005, la déclaration conjointe de M. Chávez avec MM. Nestor Kirchner (Argentine) et Luiz Inacio « Lula » da Silva (Brésil), lors de la prise de possession du nouveau président uruguayen Tabaré Vásquez, tous trois représentants d’une gauche modérée. A l’occasion de ce mini-sommet, les quatre présidents ont décidé de renforcer l’intégration régionale et les coopérations multilatérales, décision concrétisée par des accords bilatéraux entre le Venezuela et le Brésil d’un côté, le Venezuela et l’Argentine de l’autre. Avec, en vue, la signature future d’accords trilatéraux. De son côté, M. Tabaré Vásquez a signé un accord prévoyant un échange de pétrole vénézuélien contre des produits alimentaires uruguayens.

Tout à son projet bolivarien, M. Chávez milite activement pour la création d’une chaîne de télévision régionale, Telesur — pour contrer l’influence de CNN —, de Petrosur — un bloc pétrolier latino —, d’un fonds pour répondre au problème aigu de la pauvreté, d’une Banque sud-américaine pour le développement.

Egalement soucieux de réduire la dépendance traditionnelle du Venezuela vis-à-vis du marché étatsunien, il établit de nouvelles alliances avec les grands pays émergents que sont l’Inde, l’Afrique du Sud et la Chine, et, en décembre 2004, il a rencontré son homologue Hu Jintao, à Pékin, pour discuter d’un nouvel accord bilatéral (la Chine doublera sa consommation pétrolière dans la prochaine décennie).

Le 27 mars 2001, dans une déclaration devant le Congrès américain, le général Peter Pace, alors chef du Southern Command (commandement sud de l’armée des Etats-Unis), estima que dans le schéma de pouvoir global, qui inclut le contrôle du pétrole, l’Amérique latine et la Caraïbe avaient plus d’importance pour les Etats-Unis que le Proche-Orient. En ce sens, et outre le rôle de locomotive du président Chávez dans la résistance latino-américaine à l’ordre dominant, Washington voit d’un très mauvais œil la Chine, la Russie et le Brésil entrer, à terme, par la grande porte, dans la Faille de l’Orénoque, considérée comme la plus importante réserve de pétrole brut de la planète. Après avoir soutenu le coup d’Etat du 11 avril 2002 (le « 11-A ») et avoir systématiquement pris parti pour l’opposition, jusqu’à ce que celle-ci explose en vol, les Etats-Unis rejouent une partition similaire à celle qui a précédé le « 11-A ». A petite dose, et de manière constante, d’« importants fonctionnaires de la Maison Blanche », des journalistes « très informés » préparent l’opinion américaine à une déstabilisation du Venezuela. Dès novembre 2004, Mme Condoleezza Rice demandait aux pays de la région d’être vigilants « sur le risque que représente le régime chaviste », qualifiait le président d’« ex-rebelle » (en référence au coup d’Etat qu’il tenta le 4 février 1992) et le Venezuela de « problème réel ». Ce à quoi M. Chávez répliquera : « Ils se trompent. Je ne suis pas un ex-rebelle. Je suis un rebelle. » Le 18 janvier, la nouvelle responsable de la diplomatie américaine taxe à nouveau son gouvernement de « force négative dans la région ».

En février 2005, en quelques jours, à travers les porte-parole de diverses institutions — Maison Blanche, Département d’Etat, CIA —, Washington lie cette révolution bolivarienne pacifique avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), accuse Caracas, de constituer une « menace régionale », d’être un gouvernement « instable », « fournisseur peu fiable de pétrole » et de mener une course aux armements.

Derrière l’accusation de liens avec les guérillas colombiennes (récurrente et agitée sous les moindres prétextes, même les plus mauvais), on trouve la crise aussi grave que brève qui a opposé Caracas à Bogotá après que l’« ambassadeur » des FARC, M. Rodrigo Granda, ait été enlevé à Caracas, le 13 décembre, et rapatrié clandestinement dans le pays voisin (par les services de renseignements colombiens en lien avec trois officiers vénézuéliens « achetés » avec plus d’un million de dollars), en ignorant les formalités légales, et en violant les normes des lois internationales sur l’extradition (3).

Derrière l’« arsenal de Chávez », l’achat par le Venezuela de 40 hélicoptères de combat MI35 et de Migs à la Russie (Washington refuse de lui vendre des pièces de rechange pour ses F-16, acquis dans les années 1980) ; de 24 avions de chasse Super-Toucans au Brésil ; de radars à la Chine et au Brésil pour la protection de son espace aérien ; de quatre corvettes aux chantiers navals espagnols ; de 6 avions de transport C-295 à la filiale ibérique Izar du consortium européen EADS (4) ; enfin, de 100 000 fusils d’assaut AK-47 à Moscou.

En la matière, nul ne s’appesantit sur le fait que, depuis l’aide massive apportée par Washington à Bogotá, dans le cadre du Plan Colombie, la capacité conventionnelle de l’armée colombienne a considérablement augmenté, et pas seulement en matière contre-insurrectionnelle, ce qui en théorie n’a aucun sens puisque la structure conventionnelle d’une armée ne sert en rien à lutter contre des guérillas. Les Forces armées colombiennes sont actuellement 4 fois supérieures aux Forces armées vénézuéliennes en terme de puissance de feu. Or, pour la révolution bolivarienne, le danger peut venir aussi bien de Bogotá que de Washington — la Colombie étant considérée à juste titre, eu égard aux intérêts et stratégies de la Maison Blanche, comme l’Israël de la région andine.

Enfin, pour la petite histoire (et l’ironie de la situation), on rappellera que la faiblesse stratégique de l’armée vénézuélienne a été utilisée comme argument par un certain nombre d’officiers ayant participé au coup d’Etat d’avril 2002 — notamment les généraux Pedro Antonio Pereira (aviation), Efraín Vasquez Velasco (armée de terre), et le contre-amiral Daniel Comisso Urdaneta (marine) —, lesquels reprochaient au président Chávez d’affaiblir l’institution militaire. Avec des prix du pétrole très inférieurs à ceux en vigueur aujourd’hui, il avait effectivement, privilégiant les programmes sociaux, réduit le budget de l’armée de 47 % et l’avait « soulagée » de presque un quart de ses effectifs. Il ne fait donc que rétablir un équilibre momentanément rompu.

Sous-secrétaire d’Etat pour l’Amérique latine, M. Roger Noriega n’en déclare pas moins que l’acquisition de 100 000 AK-47 et de 40 hélicoptères auprès de la Russie « est un motif de grande préoccupation pour nos alliés en Amérique latine, ainsi que pour le peuple vénézuélien (5 ». Dans le Washington Post du 27 février, Robert D. Novak, sous le titre « L’infection de l’Amérique latine », dénonce : M. Chávez élargit son influence « plus effectivement que n’a jamais pu le faire son ami et allié Fidel Castro » et l’accuse de vouloir déstabiliser le Nicaragua, la Bolivie, le Pérou et l’Equateur. Juan Manuel Santos, ex-ministre des finances colombien et membre de la famille propriétaire du quotidien El Tiempo, (tout comme l’actuel vice-président Francisco Santos), accuse le président bolivarien dans un article explosif intitulé « Le Venezuela brûle... et peut incendier la Colombie (6) ».

Pour accentuer la pression et visant ostensiblement Caracas et sa « démocratie participative », Washington envisage de faire modifier la Charte démocratique de l’Organisation des Etats américains (OEA), lors de sa prochaine réunion qui se tiendra en juillet prochain à Fort Lauderdale (Floride) et de la doter d’un « instrument qui permettrait à la région d’isoler et d’intervenir face à des régimes qui s’écartent graduellement de la démocratie ». Le directeur de la CIA, M. Porter Goss, ajoute la touche finale lorsqu’il prédit qu’en 2005, il y aura une « situation de déstabilisation » au Venezuela.

Fort de ses incontestables succès électoraux, M. Chávez n’a plus en face de lui d’opposition crédible. Mais la solution démocratique n’est pas forcément la méthode la plus employée pour réduire la souveraineté et l’indépendance des nations. M. George W. Bush renforce le Southern Command. Le Plan Colombie, auquel a été ajouté le Plan patriote, se déploie, cette année, le long de la frontière vénézuélienne. C’est d’ailleurs de Colombie que sont venus 91 paramilitaires arrêtés le 2 mai 2004 dans la banlieue de Caracas. Ils avaient été recrutés pour revêtir l’uniforme des forces vénézuéliennes et commettre un massacre, attaquer des institutions militaires, voire assassiner le président Chávez, et en faire porter la responsabilité aux troupes officielles afin de provoquer le chaos et justifier une intervention étrangère (7).

La menace se profile. « Chávez doit mourir comme un chien parce qu’il le mérite », a froidement déclaré, depuis son exil, l’ancien président Carlos Andrés Pérez (destitué pour corruption), avant d’ajouter : « Nous ne pouvons pas simplement nous débarrasser de Chávez, puis, immédiatement après, avoir une démocratie. Nous aurons besoin d’une période de transition de deux ou trois ans pour jeter les fondations d’un Etat où prévaudra l’empire de la loi. Lorsque Chávez tombera, nous devrons fermer l’Assemblée nationale et la Cour suprême (8 ». Comme le 12 avril 2002 ! Le 25 octobre 2004, c’est depuis les Etats-Unis, dans un programme de télévision de la chaîne 22 de Miami, que l’acteur et homme de média Orlando Urdaneta a encouragé ses concitoyens à assassiner le président, affirmant que « le problème vénézuélien se solutionne avec un fusil à mire téléscopique ». Sans aucune réaction du gouvernement américain, qui ne s’inquiète pas plus de l’existence de camps d’entraînement paramilitaires de secteurs golpistes liés aux groupe anticastriste en exil, à Homestead (Floride) (9). En avril 2004, le général « dissident » Felipe Rodríguez, alors passé dans la clandestinité depuis cinq mois, avait ouvertement affirmé qu’il était en train de mettre en place des groupes clandestins pour renverser le président (10)...

L’assassinat, le 18 novembre 2004, du procureur Danilo Anderson, qui avait entamé la procédure pour amener devant la justice tous les signataires du décret du 12 avril 2002, instaurant une dictature au Venezuela, constitue plus qu’un avertissement. Les menaces ne sont pas à prendre à la légère et l’on aurait tort de sourire devant la déclaration faite le 20 février, dans son émission Alo Presidente, par M. Chávez : « Si on m’assassine, j’en rends responsable le président des Etats-Unis, George Bush. »

Maurice Lemoine.

29 juin 2005

Ils nous ont demandé notre avis, maintenant tout les maux accumulés depuis 25 ans c'est de notre faute !

Les revanchards



Figurez-vous qu’il n’y avait pas de « plan B ». Il aura suffi de deux semaines, et d’un Conseil européen, pour en apporter la preuve irréfragable. Les partisans du « non » de gauche mentaient. Et leurs électeurs étaient les dindons de la farce. Rarement l’histoire sera allée aussi vite en besogne pour confondre les imposteurs. À la réflexion, elle est même peut-être allée trop vite pour être convaincante. Au lendemain de la réunion de Bruxelles, les « on vous l’avait bien dit ! » se bousculaient déjà sous la plume d’éditorialistes impatients et dans les discours de politiciens revanchards, les uns et les autres fiers de leur démonstration. Soit. Mais de quel ciel ce fameux plan européen de remplacement devait-il tomber ? Les altermondialistes ? Ils ne manquent pas de projets d’Europe de substitution. Ils en ont publiés. Ils en publient encore. Mais ils ne sont pas, que l’on sache, membres du Conseil européen. C’est donc bien à ces chefs d’État et de gouvernement qu’il incombe de nous proposer une suite. Même la mort dans l’âme. Or, non seulement ils ne l’ont pas fait, mais ils ont hâtivement déposé le bilan et sonné le glas, puis commenté le désastre qu’ils avaient eux-mêmes provoqué. En vérité, le fameux plan B ne peut naître que du renoncement au traité constitutionnel tel qu’il est aujourd’hui. Et c’est peu dire que les vaincus du 29 mai n’y sont pas résignés.

Un signe d’ailleurs ne trompe pas sur la profondeur du sentiment démocratique qui a animé le rendez-vous de Bruxelles : chefs d’État et de gouvernement, technocrates et bureaucrates, et ­ hélas ­ « journalistes embarqués » ont paru davantage s’affliger que se réjouir de voir l’Europe devenir pour la première fois le sujet d’un débat passionné et passionnant qui met en mouvement toutes les composantes d’une société. Ils ont paru même se désespérer que l’Europe ait pu ainsi ramener aux urnes des citoyens depuis longtemps orphelins de la politique. Au lieu d’un hommage minimum à la mobilisation populaire, ils arboraient, vendredi 16 juin, le masque du deuil, et saluaient Jacques Chirac comme on présente ses condoléances. Puis, dans un bel élan collectif (le seul du week-end), le Conseil européen a décidé de repousser d’un an l’adoption d’un traité constitutionnel ­ quel qu’il soit, nous dit-on. Ils ne se sont pas prononcés ouvertement pour l’interruption du processus de consultation des peuples. Mais ils n’ont pas non plus souhaité explicitement qu’il se poursuive. On devine pourquoi. L’interrompre aurait été reconnaître que le traité constitutionnel est mort et enterré. Poursuivre les consultations, notamment dans les pays qui ont prévu d’organiser des référendums, aurait exposé le texte, ses auteurs, et les pouvoirs politiques, à de nouvelles et sévères déconvenues. Un peu plus tôt ou un peu plus tard, c’était renoncer au traité, et accepter de prendre acte du désaveu populaire. En restant dans le « non dit », les dirigeants européens espèrent au contraire pouvoir revenir à la charge après un délai de bienséance. Ou après des changements politiques, notamment en France. Et cela, évidemment, avec un texte semblable, sinon tout à fait identique. C’est ainsi. Leur premier réflexe s’apparente davantage à une manoeuvre de basse politique qu’à l’amorce d’une vraie remise en cause.

Et, comme souvent, les commentateurs sont allés un peu plus loin que les politiques. Ils ont suggéré, quand ils ne l’ont pas dit crûment, que le blocage sur la question budgétaire résultait directement du rejet du traité constitutionnel. La catastrophe s’ajoutant à la catastrophe. Or, faut-il le rappeler, le refus britannique de renoncer à son « rabais » concédé par l’Europe au Royaume-Uni en 1984 était de longue date prévu et programmé. Il n’a strictement aucun rapport avec les « non » français et néerlandais. Le reprocher aux électeurs français est aussi anachronique que leur imputer le soutien de Tony Blair à George W. Bush dans la guerre d’Irak en 2003, ou son refus d’entrer dans la zone euro, ou encore cet « opting out » qui permet à la Grande-Bretagne de se soustraire depuis 1993 au peu de règles sociales que l’Europe s’est données. En vérité, le catastrophisme ostentatoire qui hante la presse depuis quelques jours n’est pas innocent. Nul n’est spectateur dans le conflit politique et social qui s’est ouvert le 29 mai. Tout le monde est acteur. Insister sur le désastre organisé n’est plus la manifestation de l’amertume après la défaite. C’est le premier acte politique de la revanche que l’on mijote. Ce sont des forces vives qui s’affrontent. Et les enjeux sont considérables. La politique du pire est la première réponse donnée par les partisans du traité constitutionnel au vote des Français. La terre brûlée et la culpabilisation, les analyses amphigouriques sur les retours de nationalisme, en attendant sans doute de créer les conditions du retournement : voilà la riposte et la stratégie ! À en croire les analystes officiels, cinquante ans de pratiques bureaucratiques ne sont pour rien dans la crise dont il faut chercher la cause unique dans cette soudaine prétention des peuples à se mêler d’Europe.

Denis Sieffert

24 juin 2005

Quand un ami de François HOLLANDE se laisse aller à l'infâme : ça sent la pourriture !

Voilà ce qu'un dirigeant socialiste est capable de dire et même d'écrire, quand il parle d'autres socialistes qui sont par conséquent ses camarades mais qui n'ont pas fait son choix en l'occurence celui du renoncement politique !
C'est propre, tout en poésie, imagé, plein de retenue, pratiquant les amalgames avec une virtuosité inégalée !

Je vous laisse tous juger ce personnage en lisant son papier !



Un ami de François HOLLANDE se lâche !

Voici l’éditorial de Jean BURNELEAU, Premier Secrétaire Fédéral de la fédération de Vendée du Parti Socialiste, publié après le référendum du 29 mai.

En “Une” du journal du Parti Socialiste de Vendée...

« L’APRES REFERENDUM
Le Oui des Socialistes fut celui des militants, le Oui de la base après débat et vote. Le Référendum interne a été l’honneur du Parti Socialiste. Nous avons perdu dans le pays ( ce n’est pas la première fois). Le vote de la Nation doit être respecté bien sûr, mais il ne saurait engager le Parti qui doit continuer à oeuvrer pour construire une Europe sociale.

Des adhérents du Parti ont renié le vote des militants et appelé à voter Non avec Le Pen, De Villiers, avec les fachos et les salauds. Ils ont appelé à voter Non avec Chevènement, le nationalo-populiste, Non avec le PC et les stalinos-nostalgiques du mur de Berlin qui rêvaient que de refaire une santé au PC. Ils ont voté Non avec l’extrême gauche qui a encore l’Albanie pour modèle. Non avec celles et ceux qui, le 21 avril ont éliminé Jospin. Le même vote anti-européen, anti-PS, aura les mêmes conséquences. Ils ont constitué une alliance nauséabonde "rouge brune", remis à l’ordre du jour le cauchemar de la fin du 20ème siècle, les camps et le goulag. Dans cet étrange attelage et dans les 55% du Non, ils ne pèsent pas lourd, leur sort est écrit d’avance. Ils ont pourtant, maintenant, le devoir au sein de cet étrange attelage "rouge brun", de travailler à la "renégociation" européenne qu’ils ont annoncée.

En politique, il faut tenir les promesses et non promettre la révolution demain... Les militants socialistes, qui sont, il faut le dire avec fierté, des sociaux-démocrates, se remettront au travail pour un Projet Socialiste pour les 10 ans à venir. Projet qui doit aller du local à l’international...

En conclusion, je dis le plaisir de tous d’avoir vu le « oui » gagner en Vendée. La Fédération a gagné ce qui semblait un impossible pari... J’aurais aimé la France à l’heure de la Vendée. »

Jean BURNELEAU
Premier Secrétaire Fédéral, Conseiller Régional des Pays de la Loire

13 juin 2005

La victoire du 29 mai se poursuit le 16 juin pour prouver que les peuples peuvent changer le cours de l'histoire !

Pourquoi nous nous mobiliserons le 16 !

« Toutes les forces antilibérales seront dans la rue »
Clémentine Autain, adjointe au maire de Paris, apparentée PCF



« Avec cette bataille du référendum les quartiers populaires ont retrouvé le chemin des urnes. Cela fait peser sur les militants de gauche une très grande responsabilité. Nous avons su recréer un espoir qu’il faut maintenant transformer en alternative politique concrète à travers un projet positif pour l’Europe et pour la France. La victoire est le résultat d’une dynamique collective qui a transcendé les clivages partisants traditionnels. Nous avons lutté contre la parcellisation des forces antilibérales et trouvé un cadre qui a donné de la force à notre unité et qui a permis de respecter des sensibilités et des cultures politiques très différentes. Cette expérience a montré d’une part qu’on est plus audible en étant ensemble et d’autre part que la gauche antilibérale est majoritaire à gauche. Ou plus exactement qu’elle est source de majorité pour l’avenir. C’est pour moi un point majeur. Ce n’est pas la gauche molle qui a fait que les quartiers populaires renouent avec la politique, c’est la gauche déterminée, celle qui retrouve le sens des luttes, le sens de son histoire. C’est celle de 1936 plutôt que celle de 1983. Et cette gauche a inventé, elle a fait preuve de beaucoup de créativité, d’une certaine manière ludique, dans les formes militantes. Elle a aussi été claire et déterminée sur l’objectif. Il faut faire perdurer cette alchimie incroyable en trouvant les formes d’un rassemblement qui permette d’affiner l’alternative. Et dans cette construction le Parti communiste doit continuer à jouer le rôle moteur qu’il a eu dans la campagne. Il a été juste, intelligent et il a su être fédérateur et en même temps respecter les sensibilités des uns et des autres. D’ailleurs les militants communistes retrouvent dans les quartiers un soutien, des encouragements qu’ils n’avaient pas eu depuis longtemps. Je pense que c’est parce que le PCF a joué le rôle qui est le sien, qu’il a été concentré sur l’objectif politique et pas simplement sur l’enjeu du Parti en lui-même.

Une nouvelle étape de la mobilisation est maintenant devant nous avec le Conseil européen du 16 juin. La France et les Pays-Bas ont dit "non" mais le rejet du traité constitutionnel n’est pas acté. Toutes les forces antilibérales seront donc dans la rue pour faire en sorte que la question sociale devienne majeure dans la réorientation de la construction européenne et que le politique retrouve du pouvoir sur l’économique. »

Propos recueillis par

Jacqueline Sellem

10 juin 2005

Ils ont réellement fait toutes ces déclarations !

Que de déclarations mensongères, démagogiques, insultantes voire même indignes de représentants du peuple !
C'est un florilège de toutes les phrases des oui-ouistes pendant cette campagne référendaire qui restera un grand moment de démocratie pour notre pays et dont les partisans du "oui" ne peuvent s'enorgueillir à la lecture de toutes ces déclarations.



Le traité de Maastritcht, nous a amené les lendemains qui déchantent...que nous vivons actuellement .L'actuelle propagande Ouiouiste... véritable campagne d'intoxication massive pour le Oui, censé nous apporter le " paradis de l'économie sociale de marché libre et non faussée, utilise les mêmes ficelles, les mêmes trucs...mais ça ne marche plus.

Venant des " experts " économiques auto proclamés de la " république " de Medef , et des plumitifs et médiacrates serviles, partout on entend le même son de casseroles: le mépris dans un consensus magistral des " arriérés " que sont les partisans du NON au TCE.

Si vous êtes pour le NON, vous représentez pour les membres de l'establishment politiques, médiatique européen et français , des archéos , des con(nes) forcément manipulé(es) , des gens qui ne comprennent rien à la pé - da -go - gie européenne , voire des arriéré (es) n'écoutant que les pires démagogues populistes.

- Première partie Maastricht:

Dans les années 80 c'était déjà le Ouiouisme consensuel et mollasson et ce, dans presque tous les rangs politiciens, allant de la pire droite réactionnaire à la soit disante " gauche " déjà largement Blairisée à la sauce " troisiéme voie ".

Souvenez vous...le traité de Maastricht faisait déjà la quasi-unanimité de la classe politique. Les hommes politiques que nous avions élus, n'étaient pas tout de même mieux avertis que le commun des mortels ?
Elisabeth Badinter, directrice de l'agence de pub Publicis septembre 92.

Le traité de Maastricht est le premier traité européen qui comporte un grand volet social. Michel Rocard, septembre 92. on a vu ce que ça a donné

Pour la France, la monnaie unique, c'est la voie royale pour lutter contre le chômage. Michel Sapin, septembre 92.

Chaque État conservera la maîtrise de sa politique budgétaire et fiscale, dans des limites qui ne seront pas plus étroites que celles d'aujourd'hui. Édouard Balladur, dans "Le Monde" ( 29 avril 1992)

C'est peut-être sur l'Europe sociale qu'on entend un certain nombre de contre-vérités. Et ceux qui ont le plus à gagner de l'Europe sociale, notamment les ouvriers et les employés, sont peut-être les inquiets sur ces contre-vérités. ( ...) Comment peut-on dire que l'Europe sera moins sociale demain qu'aujourd'hui Alors que ce sera plus d'emplois, plus de protection sociale et moins d'exclusion... Martine Aubry, PS, discours à Béthune pour le Oui sur le traité de Maastricht (12 septembre 1992).

- Aujourd'hui nous sommes en 2005.

Chez les Ouiouistes en plein propagandum on passe aux ADM ou armes d'intoxication massive. Ils nous ont ressorti les pires " arguments " Que ce soit à droite où à gauche où chez les verdâtres c'est le même mépris des choix des peuples qui s'affiche et qui s'affirme.

En oeuvrant de concert, l'UE et les EU peuvent constituer une formidable force au service du bien dans le monde. Javier Solana, juin 2003.

Faire l'empire européen, tout le monde le veut ! Dominique Strauss-Kahn, juin 2004.

Si le non gagne, tout le monde va quitter la France. Johnny Hallyday, 2 mai 2005. Après l'idolâtrie sarkoziene notre Johnny national fait aussi dans le Ouiouisme... et il arrache sévère.

Si la réponse est non, il faudra recommencer le vote car il faut absolument que ce soit oui Jean-Luc Dehaene, ancien premier ministre belge, juillet 2004.

Les délocalisations sont des décisions que les entreprises peuvent et doivent prendre ! Manuel Barroso, Président de la Commission européenne, février 2005.

Oui, mais ce que nous devons faire, c'est favoriser les délocalisations au sein de l'Europe. Danuta Hübner, Commissaire européen Polonais, février 2005.

Si le non est si haut dans les sondages, c'est que l'on n'entend plus partout que ses partisans. Alain Duhamel, avril 2005.

La Constitution nous apportera un ministre des affaires étrangères qui nous permettra de parler d'une seule voix tout en gardant la nôtre. Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement, février 2005.

Si le non l'emporte, on ne pourra plus revenir sur la doctrine Bolkestein parce qu'elle est incluse dans le traité de Nice. Jean-Marc Ayrault, Président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale. France Info, 10 h 35 le 3 mai 2005. Pourquoi donc le PSE groupe " socialiste " au " parlement ' européen l'a-t-il voté sans broncher ?

Il n'y a pas de raison de financer éternellement l'agriculture européenne. Les Européens doivent apprendre à acheter leur vin en Australie ou en Californie, leur viande en Argentine ou au Mexique, leur blé en Ukraine ou aux États-Unis. Pascal Lamy, août 2003.

Pour faire l'Europe, il faut défaire un peu la France. Rudolf Von Thadden, ancien coordinateur des relations franco-allemandes, juin 2001.

La Constitution constituera un bouleversement par rapport au concept d'Etat-nation. C'est un changement à l'échelle des siècles de l'histoire. Romano Prodi, alors Président de la Commission européenne, novembre 2003.

Le concept traditionnel de citoyenneté a été dépassé au XXIème siècle. Nous assistons aux derniers soubresauts des politiques nationales. Miguel Moratinos, Ministre des affaires étrangères espagnol, février 2005.

J'aimerai convaincre chaque français, chaque lecteur, que le traité d'union européenne se traduira en France par plus de croissance, plus d'emploi, plus de solidarité. Michel Sapin, dans " Le Figaro" ( 20 août 1992)

Ce référendum est une connerie. Nous avons fait la connerie de le demander et Jacques Chirac a fait la connerie de le convoquer". Dominique Strauss-Kahn, janvier 2005.

Ne vous ennuyez pas à lire les 800 pages, et votez pour le oui, c'est si important. Vivienne Westwood, après la Réunion culturelle organisée à l'Élysée, avril 2005.

On doit dire sans relâche aux français que ce texte est un rempart contre les grands mamouths financiers, militaires et politiques qui gouvernent, que c'est une victoire de la gauche européenne acquise aux dépens de la conception anglo-saxonne de l'Europe. Jack Lang, Marianne 23.04.05

- Les amalgames les plus honteux.

La perfidie politicienne et la bêtise citoyenne ramènent le balancier de l'histoire vers une honte dont on ne voulait plus. Le 29 mai 2005 va-t-il s'ajouter à la liste des déshonneurs français après l'affaire Dreyfus, la poignée de main de Pétain à Hitler et les complaisances racistes ? Philippe Meyer ( Professeur émérite à l'hôpital Necker) Le Figaro, 3 mai 2005 .

Ceux qui font la fine bouche devant la Constitution européenne devraient avoir en mémoire les photos d'Auschwitz Jean-Marie CAVADA dans un congrès de l'UDF.

Un non au référendum serait pour la France et l'Europe la plus grande catastrophe depuis les désastres engendrés par l'arrivée de Hitler au pouvoir. Jacques Lesourne ancien président du journal "Le Monde"

- La démagogie et geignardise a la Raffarin quand il pleure devant les médiarques chaque fois qu'il nous prépare une casse sociale

Imaginons. Imaginons un instant qu'il y a neuf jours l'Union européenne se soit déjà dotée d'un service d'urgence international. Des hélicoptères auraient été sur place infiniment plus vite. (...) On aurait pu sauver un bien plus grand nombre de vies. (...) Ce SAMU international, l'Europe peut s'en doter. (...) La France pourrait commencer à réfléchir à l'organisation de ces blouses bleues, bleues comme l'Europe. (...) Quand l'Europe aura fait cela, d'autres puissances et organisations régionales devront suivre son exemple, et un SAMU mondial s'esquissera bientôt.
Bernard Guetta à propos du tsunami en Asie.

- Chirac s'y met aussi.

L'adoption de la Constitution européenne donnera naissance à une Europe ambitieuse qui fera résolument le choix d'une harmonisation sociale par le haut, c'est-à-dire le refus du dumping social. Jacques Chirac à la Sorbonne, 26.04.05

- les courtisans et faux impertinents au service du Oui

Ce qui devrait nous rendre méfiant vis-à-vis des arguments du non, c'est leur pureté. Il est contre tout ce qui est mal : les OGM, la misère, la perte d'identité, le chômage, l'injustice, la disparition des valeurs, l'impérialisme américain, la dictature des marchés -toutes choses qui n'ont rien à voir, une fois de plus, avec l'adoption d'une Constitution européenne. Philippe Val Charlie Hebdo, 6/06/05.

Ce qui n'était pas prévu, c'est que les peuples puissent refuser ce que proposent les gouvernements. Michel Rocard, International Herald Tribune, 28.7.92

Le rôle d'un dirigeant politique de gauche, ce n'est pas de suivre ce qu'est le mouvement d'humeur, ce n'est pas d'être derrière tous les fantasmes populistes, ce n'est pas d'enfourcher tous les chevaux souverainistes, au prétexte qu'ils seraient parfois, c'est vrai, partagés par l'opinion. François Hollande, Le Grand Jury RTL-Le Monde, 22.11.04

Le non va consister à flatter les passions qui font une France réactive, conservatrice, étatiste, égalitariste, passions négatives et réactives, passions qui nous isolent et sur lesquelles on ne peut guère construire que du ressentiment. François Éwald, Les Échos, 5.10.04

- retour de la démagogie

Il y a eu deux événements importants cette semaine qui expliquent pourquoi l'Europe est une nécessité absolue quand on est républicain. L'un est Auschwitz, l'horreur, l'abomination. Une Europe pour dire plus jamais ça, pour être un rempart contre la barbarie. L'autre fait qui est tourné vers le futur, c'est le nouvel Airbus. [...] En juin prochain, on votera pour ou contre l'Europe, point final. Jack Lang, chez TF1, 25.1.05

Si seuls les quatre-cinquièmes des États ont ratifié le traité dans un délai de deux ans, le Conseil européen se saisit de la question. Cela signifie que, si leur masse critique est suffisante, les États qui auront ratifié le traité iront de l'avant. Ils [...] se réuniront le lendemain pour approuver la nouvelle Constitution. Ceux qui pensent que rien ne se passera en cas d'échec se trompent. Nous avons trop investi dans cette Constitution pour accepter son échec. Inigo Mendez de Vigo, député européen, Le Monde , 5.1.05

- Raffarinade incompréhensible avec lui on a l'habitude :
Parfois, le oui simpliste est plus efficace que le non complexe ... et réciproquement. Jean-Pierre Raffarin, Marianne, 9.4.05

- Arguments de Bushistes

Si vous votez "non" au référendum on s'expose à un risque de guerre. Pierre Lellouche, dans l'émission "tout le monde en parle" sur france 2, 26.04.05

Les partisans du non sont des réactionnaires, des néo-conservateurs, des néo-communistes, des néo-cons qui tentent de vous persuader que voter non au traité est une bonne chose

Denis MacShane, Ministre britannique des Affaires Européennes, Marianne, 16.04.05 .

Les camarades qui ont pris partie pour le NON, devront rendre des comptes, et leur attitude sera condamnée politiquement. François Hollande, Radio J, 23.04.05

Mais non c'est pas compliqué, la partie I et II sont faciles à lire, comme notre Constitution... La partie III, c'est affaire de spécialistes. Je compare ça, tiens, au fonctionnement d'une voiture. Pour conduire la voiture il faut simplement le permis, après quand on soulève le capot, il y a le moteur et là, c'est l'affaire du garagiste.

Alain Lamassoure (UMP) France Inter, 11.2.05

Ce qu'il convient de souligner c'est les deux premières parties de la Constitution. Roselyne Bachelot, France Inter, 22.3.05

- Le monde

Chaque conflit social, chaque accès de grogne d'une catégorie professionnelle porte en germe le refus - voire la haine - de l'Europe Éditorial du journal "Le Monde", 2.3.05

- Les patronats européens béatifient le TCE

L'Unice [patronat et Medef européen] est satisfaite que le traité constitutionnel n'accroisse pas les compétences de l'Union européenne dans le domaine social. Texte interne de L'Unice, cité par L'Humanité, 19.3.05

Cette Constitution est un moindre mal. Et il vaut mieux voter pour un moindre mal que pour un mal.

Laurent Joffrin directeur de la rédaction du Nouvel Obs, France Inter, 12.3.05

- Jack Lang

Si la France vote non, nous serons privés de Jeux Olympiques. Jack Lang, RTL, Marianne, 9.4.05

- On continue dans la désinformation Ouiouiste

On peut dire aujourd'hui que le projet de directive bolkestein est arrêté et abandonné. François Hollande Cité par Politis, 31.3.05

Aussi tôt démenti par un autre poids lourd de l'eurocratie

La directive bolkestein ne sera pas retirée. Jean-Claude Juncker, président de l'Union européenne.

La maladie politiquement transmissible anti-européenne a franchi la Manche et a infecté des responsables du Parti socialiste français. Denis MacShane, Ministre britannique blairiste " labour " des Affaires Européennes, Le Monde, 26.03.05

- vous êtes pour le Non c'est tout simplement que vous êtes " malades " fallait oser le dire on croirait presque entendre du Le Lay.


Je vous le dis de toutes mes fibres [si le non l'emporte], il pleuvra plus de quarante jours François Bayrou, en réunion publique Le Monde, 31.3.05

- le thème du " complot " nontiste

Les partisans du Non ont distillé dans les cerveaux le poison du mensonge. Jack Lang, Le Parisien, 18.04.05

Les Français souhaitent répondre à la question posée : Est-ce que la France veut participer au premier rang à la construction européenne ? [...] C'est l'Europe qu'on assassine si on vote "non". Jérôme Jaffré, directeur d'institut de sondage France Culture, 5.3.05

Jacques [Julliard] et moi-même sommes partisans du "oui". On a évidemment le droit d'être partisans du "non". [...] Le "non" cristallise tous les mécontentements. On a là une fédération des grincheux de toute sorte si je puis dire. Luc Ferry, LCI, 19.2.05

Le "non", c'est « le déchaînement médiocre des intérêts corporatistes ». « Ne laissons pas le subalterne et la chienlit démagogique envahir l'horizon » Claude Imbert, directeur du journal "Le Point" 31.3.05

Le "non" se nourrit de la colère, le "oui" de la raison. Christophe Barbier, L'Express, 21.3.05

On voit bien que les arguments du "non" sont des arguments simples - voilà : non à ci non à ça ! - et que les arguments du "oui" font plus appel à la réflexion. Jean-Marie Colombani, président du journal "Le Monde" France Culture, 26.3.05

Les arguments du non sont les plus faciles et les plus populistes. Dominique Strauss-Kahn, RTL, 20.3.05

Le "non", c'est du populisme, c'est ce qui a conduit l'Italie d'autrefois à ce que l'on sait. Martine Aubry.

Une pollution, une mystification et un mensonge, le choix du néant, une piscine sans eau, de l'agitation d'analphabètes ; ceux du "oui" incarnent en revanche « la France moderne, jeune et dynamique ». Michel Rocard .

09 juin 2005

L'espoir est né : il est condamné à vivre !

POLITIQUE



Raoul Marc Jennar : « Notre mouvement doit s’étendre à toute l’Europe »
Le chercheur et militant belge altermondialiste détient, parmi les animateurs du « non » de gauche, le record de participation aux réunions publiques. Et il a quelques idées pour la suite de la mobilisation.

Comment analysez-vous la réaction des institutions européennes et des gouvernements nationaux face au double « non » opposé, ces derniers jours, au projet de Constitution européenne ?

Raoul Marc Jennar:
Je déplore le discours tenu par la Commission européenne, qui persiste à ne pas reconnaître la pertinence des critiques formulées par le peuple européen de gauche à l’égard de cette constitution. C’est exactement ce à quoi nous assistons dans les discours des élites politico-médiatiques françaises : on continue à s’exprimer comme si ceux qui ont rejeté ce texte soumis au référendum étaient des anti-européens, des imbéciles ou, en tout cas, des gens qui n’auraient pas bien compris. La Commission européenne veut poursuivre sa route à tout prix, avec une belle dose d’autisme et d’arrogance, en se montrant incapable de toute remise en question. Quant aux réactions dans les autres États membres, je peux tout à fait comprendre une certaine frustration de ne pas pouvoir s’exprimer si tout le processus était arrêté. Si on tient à l’égalité de tous les peuples dans l’Union européenne, si l’on veut que tous ceux qui avaient prévu d’organiser des référendums, et non des ratifications parlementaires à la sauvette, puissent aussi faire entendre leur son de cloche, on peut comprendre le dépit des citoyens des autres pays de l’Union. Mais pour le reste, tous les gouvernements et la Commission passent, me semble-t-il, à côté de l’essentiel, à mille lieues du débat de fond qu’exigent aujourd’hui la poursuite de la construction européenne et l’établissement d’une Europe sociale et démocratique, pour l’heure inexistante.

Face à cette arrogance des institutions et de gouvernements dans l’Union, comment faire entendre les raisons de ces « non » en France et aux Pays-Bas ?

Raoul Marc Jennar :
Ce qui a permis l’expression d’un « non » de gauche en France et, dans une mesure moindre, aux Pays-Bas, ne doit absolument pas s’arrêter maintenant et doit même s’élargir encore... Je parle de cette émergence d’un mouvement populaire qui a monté en puissance au fur et à mesure que les citoyens prenaient connaissance du contenu de la constitution. Ce mouvement doit, à mon sens, s’étendre aujourd’hui dans toute l’Europe afin d’exiger des gouvernements et des institutions une remise en question de la manière dont on a construit l’Union européenne jusqu’à présent. Manifestement, nous nous trouvons face à un décalage, pour ne pas dire un fossé immense, entre les peuples et ceux qui les représentent. Ce qui a fait la victoire du « non » et ce qui est porteur de promesses pour demain, c’est que les peuples ont enfin pris la parole. Cette expression populaire et citoyenne doit se poursuivre : on ne pourra pas faire triompher les revendications portées par les tenants du « non » de gauche sans une mobilisation importante à l’échelle européenne.

Quelles exigences immédiates porter devant le prochain Conseil européen les 16 et 17 juin ?

Raoul Marc Jennar :
Je souhaite que ce Conseil européen acte le rejet de ce projet de constitution européen et reconnaisse, mais peut-être est-ce un rêve, que, dans le « non » à ce texte, il y a des attentes tout à fait justifiées qui doivent désormais être satisfaites. C’est à mes yeux le minimum, cela signifierait que l’on respecte l’expression démocratique des citoyens. C’est la moindre des choses, il y a des attentes légitimes dans ce rejet qui tiennent aux fondements mêmes des principes démocratiques et à une conception d’un modèle de société spécifique à l’Europe : la conjugaison de droits collectifs, de droits sociaux avec des libertés individuelles. Si cela n’était pas reconnu, cela voudrait dire que les institutions européennes n’entendent pas tirer les leçons du « non », que l’on va continuer à imposer un modèle heurtant de front les aspirations des peuples d’Europe. Autre exigence, mais là à moyen terme, car c’est sans doute prématuré de l’attendre du prochain Conseil européen : nous devons maintenir le principe d’un texte qui mériterait d’être appelé constitution, mais il devrait émaner d’une assemblée élue à cet effet. Nous pourrions commencer, selon moi, à nous battre pour lancer un mouvement exigeant que le prochain Parlement européen, à élire en 2009, soit une assemblée constituante. On assiste partout à une attente démocratique très élevée vis-à-vis des institutions européennes et, à mon avis, on n’y répondra valablement qu’en octroyant au futur Parlement les pouvoirs de rédiger et d’adopter une véritable constitution européenne.

Entretien réalisé par Thomas Lemahieu pour l'Humanité


07 juin 2005

Même après la victoire, les insultes et autres humiliations aux partisans du "NON à la constitution européenne" ne cessent pas !

Peuple français : NON Télévision France 2 : OUI

Gérard Filoche fait le recit de sa "participation" à la soirée électorale dans les loges de la chaine publique France 2. Et comment il a été écarté de l’antenne par Arlette Chabot, rédactrice en chef.

Quelle belle victoire, et quelle joie après tant de combat : un “non” de gauche écrasant, un “non socialiste” majoritaire !
Bravo le salariat français ! C’est le même vote le 21 avril 2002, la grande grève 2003, le 28 mars 2004, le 13 juin 2004, le 29 mai 2005, ce peuple rejette inlassablement le libéralisme et la gauche qui lui fait des concessions, et il veut une gauche à sa hauteur !



Un tout petit détail ce soir, dont j’ai été victime a contrario de ma joie...
Récit : J’étais invité à France 2...

Voilà ce qui s’est passé, presque une semaine à l’avance, Gilles Leclerc m’appelle et me laisse un message, pour le joindre, puis me rappelle et me propose de venir à France 2 le dimanche soir sur un plateau à 23 h 30
J’accepte.
Une de ses collaboratrices (SB) me rappellera deux fois pour avoir le numéro de la voiture qui m’amènera afin de la communiquer à l’entrée, je n’ai pas de voiture, j’informe que je viendrais en taxi, on me précise le lieu d’arrivée.
Je quitte mes enfants et mes amis en pleine fête de la victoire du “non”, à Confluences, vers 22 h 45, M° Alexandre Dumas, je trouve un taxi qui m’amène vers 23 h, on m’accueille, on me maquille, et j’attends, d’abord un peu, puis de plus en plus, j’attends, on me rassure à plusieurs reprises, “il y a du retard, mais vous passerez, donc restez”, nous sommes plusieurs à attendre en effet, Patrick Braouzec, Alain Bocquet, Jacques Nikonoff, Georges Sarre, Vincent Peillon, Christian Paul, quand on se parle, on constate qu’on est tous en retard mais moi plus que d’autres car selon le planning, on m’avait dit que je passerais avant eux, et puis on fait passer devant nous, qui sommes debout à l’entrée du studio, Mme Boutin, et d’autres ouiistes, Hortefeux, Coppé, surtout, et enfin JM Ayrault rentre, me serre la main, mais... contrairement à ce qu’on m’a dit, ce n’est pas mon tour.
Tous les ouiiistes passent, les derniers arrivés passent entre nous, devant nous, selon une mystérieuse sélection, les responsables s’écartent, se font insaisissables, j’entends des gens qui travaillent qui disent “mais la rédaction est partagée comme toutes les rédactions”, d’autres qui me font bonne mine, et s’informent de la tournée du “trio” du non socialiste, on voit Julien Dray passer, puis Arlette Laguillier, tout ordre semble bousculé, mais finalement on me dit, "dans un quart d’heure, c’est bon, c’est sûr", et un quart d’heure après, que j’ai attendu, avec une attachée de presse, qui me fait patienter courtoisement, on me fait rentrer dans le studio, je m’approche de la table ronde ou Krivine et Donnedieu de Vabres parlent, mais la même attachée de presse qui m’a fait rentrer, après avoir parlé avec Arlette Chabot, me fait signe et me fait ressortir et me dit qu’il n’y a plus de temps, plus de place, et que je ne parlerais pas ce soir... que c’était impossible.
Il est 1 h du matin... J’ai pris deux heures et demi, gâché ma soirée, je suis fatigué, après 86 meetings dans 20 régions, en dix semaines, je suis resté debout une heure et demie, dans une "queue" de notabilités, je n’avais pas demandé à être là, et à aucun moment on ne m’a dit, devant mes questions, et mon indignation croissante "c’est vrai il y a un problème", non, on m’a assuré que j’allais "passer de façon imminente", m’empêchant même de partir, quand j’en manifestais l’intention... On m’a finalement dit en répondant à ma question que la responsable qui avait décidé cela était Arlette Chabot, or celle-ci qui m’a cotoyé à maintes reprises, toute la soirée, ne m’a pas adressé la parole, ni même dit bonjour, et elle ne m’a donné aucune explication alors que c’est elle dont on m’a dit qu’elle avait décidé de m’éliminer après tout cela.
Je le dis, ces gens-là, du "service public" se comportent de façon indigne.
Selon une expression consacrée, "comme des chiens" : ils croient peut-être que l’on peut insulter comme cela des militants, des responsables, des humains...
Pendant des semaines, ces rédac’ chefs de tous poils, ils nous ont pourri la vie, insulté sur tous les tons, interdit de parole, d’arguments, avant que le peuple ne résiste et ne leur dise massivement et admirablement "non" en dépit de 90 % de matraquage quotidien, mais cela ne leur suffit pas, ils n’entendent pas, ils donnent la parole encore à ceux qui ont perdu, et traitent ceux qui ont gagné, qui ont mouillé leur chemise, comme des chiens, de façon non digne, ils espèrent peut-être encore que l’on va se taire et se laisser humilier, sans doute ?
Je diffuse cette lettre publiquement, parce que ce genre d’humiliation, demande l’heure d’une certaine revanche, parce que des sectaires qui dirigent notre télé publique et se comportent comme cela, ça doit se savoir, et ne pas rester confidentiel, normalement l’heure du changement en profondeur devrait sonner et j’utilise des termes modérés vous l’aurez compris...

Lundi 30 mai,
Victoire, lendemain du jour où 56 % de notre peuple, le peuple de gauche a rejeté victorieusement cette constitution libérale, nous allons écrire l’histoire de cette bataille et son ampleur, nous sommes allés chercher les voix socialistes une à une, et nous avons connu une belle dynamique, un élan de gauche fantastique, et cela nous promet de beaux lendemains, les mots d’ordre sont “constituante européenne”, et “dehors Chirac” et “le Ps doit écouter le peuple de gauche” , c’est ce que j’aurais dit si j’avais pu parler à France 2, et j’aurais essayé d’ajouter : “unité”, unité à gauche, unité des socialistes, unité de la gauche des socialistes...

Gérard Filoche


Le 30 mai 2005

06 juin 2005

Dis-moi pas que c'est pas vrai !

ATTAC : UN SERPENT ?

A propos de l’Université d’été d’Attac à Poitiers : un chantage aux subventions de la Région Poitou-Charentes ?

Le Conseil d’administration d’Attac a pris connaissance des informations publiées par le quotidien Libération daté des 4/5 juin, et selon lesquelles des responsables du Parti socialiste, par ailleurs gestionnaires de collectivités locales ou territoriales, envisageraient de faire payer à Attac, qualifiée de « serpent », son engagement dans la campagne victorieuse du « non » au référendum du 29 mai.
En guise de représailles, seraient ainsi remises en cause des subventions à des activités organisées par Attac dans telle ou telle collectivité sous responsabilité d’un élu du oui socialiste.




L’article mentionne en particulier la subvention déjà décidée, dans son principe, par la présidente de la Région Poitou-Charentes, pour l’organisation de l’université d’été d’Attac à Poitiers du 26 au 30 août. À ce sujet, Attac tient à rappeler les points de principe suivants :


1.- L’association ne sollicite ni ne reçoit aucune subvention publique pour son fonctionnement. Ce dernier est exclusivement assuré par les cotisations et dons de ses 30 000 adhérents


2.- À l’occasion d’activités ponctuelles, et qui ont également un intérêt communal, départemental ou régional (colloques, rencontres internationales, Forums sociaux, université d’été, etc.), Attac sollicite et obtient des subventions des collectivités correspondantes, et souvent d’ailleurs à leur propre initiative. En tout, en 2004, ces subventions ont représenté 5,17 % du budget de l ’association.


3.- Les subventions accordées par des collectivités, comme par l’Etat, proviennent des fonds publics, et ne sont la propriété d’aucun parti ou exécutif national ou local. Elles devraient être attribuées de manière transparente et uniquement au vu de l’intérêt du projet soumis à décision.


4.- Dans ces conditions, Attac refuse d’envisager l’hypothèse selon laquelle la seule demande de subvention en cours, celle demandée à la Région Poitou-Charentes, pourrait être refusée à partir de critères politiques.


Attac ne doute pas que la présidente de la Région, Mme Ségolène Royal, démentira immédiatement la rumeur, diffamatoire à son endroit, selon laquelle ses décisions relèveraient de la même démarche que celle de feu l’Etat-RPR, et qu’elle confirmera très rapidement à Attac le montant de sa subvention à la tenue de l’université d’été de l’association et intitulée « Néolibéralisme, société, Etat, démocratie ».


Attac, Paris, 4 juin 2005


Un espoir est né le 29 mai 2005 : un autre monde est possible !

UNE FOIS ENCORE, en disant « non » de manière retentissante, le 29 mai 2005, au projet de traité constitutionnel pour l’Europe, la France rebelle a fait honneur à sa tradition de « nation politique par excellence ». Elle a secoué le Vieux Continent, suscitant à nouveau l’espoir des peuples et l’inquiétude des élites établies. Elle a renoué avec sa « mission historique » en faisant la preuve, par l’action audacieuse de ses citoyens, qu’il est possible d’échapper à la fatalité et aux pesanteurs des déterminismes économiques ou politiques.

Car ce « non » a une signification centrale : il marque un coup d’arrêt à la prétention d’imposer, partout dans le monde et au mépris des citoyens, un unique modèle économique – celui défini par le dogme de la globalisation.



Ce modèle avait déjà suscité, depuis le milieu des années 1990, des résistances diverses. Par exemple, lors du grand mouvement social en France de novembre 1995. Ou encore à Seattle (1999), où naquit ce qu’on devait appeler ensuite – surtout après le premier Forum social mondial de Porto Alegre (2001), suivi des événements de Gênes (2001) – le « mouvement altermondialiste ». Et dans divers Etats, de l’Argentine à l’Inde, en passant par le Brésil. Mais c’est la première fois que, dans un pays du Nord et dans le cadre d’une consultation politique institutionnelle, une société a l’occasion de dire officiellement « non » à la globalisation ultralibérale.

Les éditorialistes des médias dominants, tels des entomologistes penchés sur un insecte qu’ils croyaient disparu, tentent de défigurer le « non » massif de la France. Ayant pour la plupart fait une campagne unilatérale pour le « oui » en dénonçant le « populisme », la « démagogie », la « xénophobie », le « masochisme », etc., de leurs adversaires, ils se révèlent incapables d’adapter leurs analyses à l’ampleur de leur déroute. Extraordinaire suffisance de notables qui ne comprennent pas – et supportent encore moins – que le peuple (mot qu’ils n’utilisent qu’en se pinçant le nez) ait refusé de se ranger aux prescriptions du « cercle de la raison » européiste. Car c’est bien le peuple qui a repris le chemin des urnes : 30 % d’abstentions seulement, contre 57 % il y a tout juste un an lors des élections au Parlement européen.

Cette mobilisation, en particulier dans les catégories populaires et aussi chez les jeunes, sur un thème aride – un texte de 448 articles, sans compter les annexes, déclarations et protocoles – constitue à elle seule un succès inespéré pour la démocratie. Le peuple a fait son grand retour : face au sentiment de dépossession s’exprime sa volonté de réappropriation.

Depuis ses débuts en 1958, et surtout depuis l’Acte unique européen de 1986, la construction communautaire a exercé une contrainte croissante sur toutes les décisions nationales. Le traité de Maastricht (1992), puis le pacte dit de stabilité et de croissance (1997) ont retiré aux gouvernements deux des leviers majeurs de l’action publique : la politique monétaire et la politique budgétaire. Le troisième, la politique fiscale, est de moins en moins autonome, car elle s’inscrit dans une logique généralisée de « concurrence libre et non faussée ».

Les citoyens ont compris que le traité soumis à leur approbation « constitutionnalisait », à l’échelle européenne, la concurrence exacerbée non seulement entre les producteurs de biens et de services, mais aussi entre l’ensemble des systèmes sociaux happés dans une spirale descendante. Ce n’étaient certainement pas les très maigres « avancées » démocratiques du traité qui pouvaient contrebalancer le verrouillage du modèle concurrentiel qu’il induisait, vidant ainsi de signification les futures consultations électorales.

Le vote « non » a été un vote extrêmement informé par des milliers de rencontres, débats et lectures, les ouvrages sur la Constitution ayant figuré pendant des mois en tête des succès de librairie. Face à la propagande d’Etat, relayée par la plupart des médias, les citoyens ont voulu se faire leur propre opinion. Ils y ont été aidés par le travail de fourmi réalisé sur le terrain par les multiples collectifs qui se sont spontanément mis en place dans toute la France, en particulier les comités locaux d’Attac. Ce foisonnement fait honneur à la démocratie...

CE VOTE A-T-IL ÉTÉ NATIONALISTE ?
Non, il a été très majoritairement pro-européen. Ne s’y sont pas trompés tous ces syndicalistes et militants associatifs de nombreux pays de l’Union qui, soit chez eux, soit par leur participation à la campagne en France, ont témoigné de leur solidarité avec l’aspiration à une autre Europe portée par les forces vives du « non ». Privés de référendum, beaucoup d’Européens ont demandé aux Français d’émettre en leur nom un vote par procuration !

A l’étranger, certains ont interprété ce « non » comme un affaiblissement de l’Europe face aux Etats-Unis qui laisse la grande puissance américaine sans contrepoids. Ils se trompent : la Constitution aurait aligné encore plus l’Union (en particulier sur le plan militaire) sur Washington.

Une situation nouvelle est créée, permettant une remise à plat des valeurs et des règles du vouloir vivre en commun en Europe. Ce vouloir vivre ne saurait se réduire à son degré zéro qu’est la liberté de circulation des capitaux, des biens, des services, et même des personnes. De ce point de vue, le « non » du 29 mai ne ferme aucune porte. Il permet, en revanche, tous les espoirs.

Ignacio Ramonet.

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